Il était une ... une histoire d'amour du surf

Il était une ... une histoire d'amour du surf

Imaginez un gamin de 6/7 ans, les pieds nus dans le sable noir d'Étang-Salé, ce ruban volcanique qui s'étire comme une invitation sauvage sous le soleil impitoyable de l'océan Indien. L'air salin colle à la peau, et l'horizon, ce mur bleu infini, murmure des promesses de liberté. C'est là, sur cette plage où les vagues déferlent en beach breaks généreux, que tout commence (la pointe, le bord, le simulateur). Pas avec un coach payant ou un équipement high-tech, mais avec un père aux épaules larges, une planche empruntée à un ami, et un simple "Vas-y, mon fils, attrape-la". Un push dans le dos, un plongeon maladroit, et le monde bascule. L'eau chaude enveloppe, la mousse chatouille, et pour la première fois, on sent que l'océan n'est pas un ennemi, mais un complice espiègle. À la Réunion, où le surf n'était encore qu'un murmure importé des antipodes, cette scène n'était pas rare au début des années 80. Les pionniers sud-africains et australiens avaient débarqué une décennie plus tôt, traînant dans leurs valises des planches exotiques et un esprit rebelle qui collait parfaitement à l'âme créole de l'île. Mais pour un enfant comme moi, c'était personnel. C'était le début d'une romance qui ne s'éteindrait jamais.

Les premières armes se forgent avec ce qu'on a sous la main. Une planche en polystyrène, rudimentaire et légère comme un rêve d'enfant, glisse sur les petites vagues d’Etang Salé ou de St Gilles. Puis vient le bodyboard, ce mou bleu fané qui épouse le corps comme un vieil ami fidèle. On y passe des après-midis entières, à ramper sur l'écume, à apprendre la lecture des vagues – ces lignes mouvantes qui dictent la danse. L'île, alors, bruissait à peine de cette fièvre. Le surf était l'apanage d'une poignée de passionnés, des types barbus venus d'ailleurs qui squattaient les reefs de Boucan Canot ou les noirs rivages de l'Étang Salé. Mais dans les early 80's, un vent nouveau souffle depuis les Roches Noires. Là, niché au cœur de Saint-Gilles, émerge le seul surfshop de l'île : Sea Surf Sail, tenu par Cyril Theveneau, ce visionnaire au regard d'océan. Une antre modeste, chargé d'odeurs de résine et de rêves importés. Ce jour-là, sur la facade du shop au bord du trottoir, trône un Mach 7 – une bête de 1500 francs (improbable pour l’époque), tout en courbes acérées et en promesses de vitesse. Mon père, les yeux brillants, sort le chéquier. "C'est pour toi." Et hop, la porte s'ouvre sur un univers où le sable n'est plus seulement sous les pieds, mais dans l'âme.

Noël arrive comme une vague parfaite. Sous le sapin tropical, emballée dans … du papier froissé : une Lightning Bolt, ma première vraie planche. Blanche et violette, élancée, avec ce logo qui clignote comme un phare dans la nuit. Imaginez l’extraterrestre que j’étais à St Joseph à cette époque … La première sortie ? Un fiasco hilarant. Sans wax, bien sûr – qui y pensait à l'époque ou on faisait fondre de la cire de bougie ou au mieux d’abeille en guise de wax ? – je glisse plus que je ne tiens, les chevilles écorchées par le rail, le sel piquant les plaies. Mais oh, la joie ! Les progrès viennent vite, comme ces houles qui s'enchaînent sans prévenir. On passe des bodyboards aux stages organisés par Bertrand Piece, ce moniteur d'État qui, dès 1990, pose les fondations de l'école des Roches Noires. Avec lui et Cabris, on décortique les reefs : les droites tubulaires (on vivait à fond notr truc) qui crachent leur colère, les gauches qui invitent à la grâce. Les sessions se muent en rituels : lever à l'aube pour checker les vagues à Trois-Bassins, pauses sous les filaos pour réparer un pet, et ces rires partagés quand un wipeout envoie valser planche et ego. Les Sud-Afs, ces expatriés bronzés, et Chris Beach, deviennent des mentors involontaires. Ils parlent de Jeffreys Bay comme d'un Eldorado, mais ici, à la Réunion, on forge son propre mythe. L'île explose doucement : des clubs naissent, des compètes locales pointent le bout de leur nose. Et moi, au milieu, je trace ma ligne.

Puis arrive Christophe Mulquin, cette force tranquille qui injecte du sérieux dans le chaos joyeux. Les têtes d’affiches locales du moment sont Boris Letexier, Fredo Robin, Nicolas Berthé, Sébastien Boule, François Heer … Entraîneur de ligue, Christophe lancera le pôle espoir en 2007, un projet qui transforme des gamins en athlètes. Des stages nationaux de détection, des entraînements rigoureux sur les eaux turquoise de Saint-Leu. C'est l'époque où le surf réunionnais passe de l'amateurisme créole à une reconnaissance nationale. On y croise des talents bruts, des minimes qui dream big, et Mulquin, avec sa patience infinie, qui sculpte des champions. Pour ma part (j’ai jamais été très compétition), c'est le moment de la première planche perso : signée Mickey Rat, ce shaper légendaire de Saint-Leu, Mick Asprey de son vrai nom. Mickey Rat Surf, c'est plus qu'un atelier – c'est un sanctuaire où la résine coule comme du miel, où chaque board naît d'une conversation sur les vagues de demain. La mienne ? Une 6’ 8 thruster, taillé pour les tubes des vagues du sud. Et que dire de l’aventure Manapany, ce spot sudiste qui m'appelait depuis des années. Manapany est longtemps un secret bien gardé : des vagues lefts puissantes, ourlées de lave noire, où le vent alizé sculpte des murs de verre. Y poser les rails pour la première fois, c'est comme signer un pacte avec l'île – sauvage, imprévisible, éternel.

Les compètes s'enchaînent, ces arènes sableuses où l'adrénaline danse avec la peur. On reçoit les pros, ces dieux descendus des nuages : des runs à Saint Leu, Trois Bassins, Roche Noires, Boucan Canot, des heats sous les regards des familles massées sur la plage. Et puis, ces rencontres qui marquent à vie. Tom Curren, l'énigmatique Californien aux trois titres mondiaux, glisse un jour sur les reefs de l'ouest – son style fluide, poétique, comme une prière adressée à l'océan. On partage une session au Brisants à Étang-Salé. Mike Stewart, le bodyboarder invincible, neuf fois champion du monde, son énergie contagieuse rappelant que le surf n'est pas une compétition, mais une communion. Pas de selfies forcés, juste des échanges volés sur le sable : une démonstration à la rame, un spectacle au canard, un conseil sur le bottom, un rire sur un wipeout partagé. Ces moments forgent l'humilité, cette vertu essentielle du vrai surfeur.

Mais l'histoire d'amour connaît ses tempêtes. L'explosion du surf réunionnais – des écoles qui pullulent, des talents qui rayonnent en métropole – je la vis de loin, parti de l'île pour tracer d'autres vagues. Pourtant, les échos reviennent : les Roches Noires deviennent un hub, avec Bertrand Piece formant des générations sur des filets anti-requins naissants. Puis, la crise. De 2011 à 2019, l'océan se pare d'ombres : 25 attaques, 11 vies fauchées, surtout sur la côte ouest. Boucan Canot bouclé, Saint-Leu barricadée, le surf vacille. Mulquin, au front du pôle espoir, lutte pour garder la flamme : entraînements confinés, compètes reportées, une communauté qui serre les dents. Les filets se dressent comme des remparts, les vigies scrutent l'horizon, et l'île réinvente sa relation à la mer – plus respectueuse, plus vigilante. J'y suis sensible car le surf ici n'est pas un hobby ; c'est un lien viscéral à la terre, à l'eau, au sel à l'histoire collective.

C'est cette trame, tissée de sable volcanique et de swells austral, qui m'a ramené. Ouvrir un surfshop, ce n'était pas un business plan froid, mais une boucle à refermer. À jootsliving.com, on ne vend pas des planches ; on transmet des fragments d'âme. Prenez notre Rusty SD, inspirée des twins des 80's – idéale pour les reefs de Roches Noires ou Trois Bassins, avec son rocker doux qui rappelle ces premiers pushes paternelsjootsliving.com/products/sd-1. Ou le New Traveler pour les âmes nomades, prêt à conquérir la jetée sans bagage superflu jootsliving.com/products/new-traveler. Ces outils ne sont que des prolongements de l'histoire : celle d'une île qui a dompté ses ombres pour renaître plus forte, d'une communauté qui partage ses vagues comme on partage un secret.

Aujourd'hui, assis sur le sable d'Étang-Salé, je regarde les gamins – ces sportifs en herbe – attraper leur première mousse. L'océan, capricieux, nous unit tous. Et dans ce cycle éternel, ma légitimité ? Elle n'est pas dans les titres ou les shops ; elle est dans ces vagues partagées, ces leçons apprises à la dure, cette passion qui, comme la Réunion elle-même, refuse de plier. Prêt à écrire votre chapitre ? Les planches attendent. L'océan n'attend pas.